Zoom sur les tissus

Zoom sur les tissus

Semaine du 16/06/2014 :

 

Zoom sur le tissage : épisode 1/2 "les armures"

 

Le principe de base du tissage

 

1) On dispose des fils parallèles, ces fils s'appellent "fils de chaîne".

2) Les fils perpendiculaires aux fils de chaîne s'appellent "fils de trame".

3) Chaque fil de trame entrecroisé avec les fils de chaîne prend le nom de duite.

 

Le principe du tissage est très simple : on entrecroise des fils pour créer un tissu.

 

Les armures

L'armure est le résultat du liage du fil de trame avec le fil de chaîne. Il n'y a que 3 armures fondamentales : la toile, le sergé et le satin.

L'armure toile

Elle est la plus ancienne et la plus simple.

Toutes les fibres peuvent être tissées en armure toile. Les tissus ne présentent ni envers ni endroit et sont désignés par le terme de tissu uni.

3 dérivés de l'armure toile :

- l'armure nattée

- l'armure reps : DSCN0920

- l'armure cannelée

 

L'armure serge

Elle se caractérise par des côtes obliques sur l'endroit et un uni sur l'envers. Le fil de trame passe en dessous d'un fil et au-dessus de deux autres fils tout en décalant d'un point à chaque passage. L'alignement de ce décalage, ou flotté, va donner un effet d'oblique.

 

Le sergé peut être à effet chaîne ou trame. Si l'endroit du tissu est à effet de chaîne, alors les fils de chaîne sont plus visibles que les duites. A l'envers du tissu, les duites sont plus visibles que les fils de chaîne.

Des dérivés :

- le pied-de-poule : DSCN0801

 

- le sergé à effet de chevrons : images8DRE5VE3

 

L'armure satin

Elle se singularise par une dissémination des points de liage espacés et dont le décrochement varie, ce qui évite tout effet de diagonale.

Les flottés peuvent être présents d'un seul coté de la chaîne, il s'agit d'un satin à effet chaîne. S'ils sont présents du côté trame, il s'agit d'un satin à effet trame. L'armure satin donne un tissu brillant à l'endroit et mat à l'envers. Cet aspect brillant est accentué lorsque les flottés sont longs et la matière brillante.

 

Les satinés sont des étoffes dont le point de départ est un satin sur lequel on a augmenté le nombre de points de liage en ajoutant quelques points supplémentaires.

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Semaines du 23 et du 30/06/2014 :

 

Zoom sur le tissage : épisode 2/2 "les méthodes"

 

Il existe de nombreuses possibilités pour tisser une étoffe. En revanche, le principe du tissage est toujours identique : il s'agit d'entrecroiser perpendiculairement 2 séries de fils, la chaîne et la trame, afin d'obtenir des dessins plus ou moins complexes.

 

Les conditions de tissage

Tisser consiste à tendre aussi régulièrement que possible la nappe de fils placés verticalement pour y insérer horizontalement le fil de trame. De tout temps, les hommes ont souhaité réduire les temps de production. Mais si les premiers documents archéologiques datent les premiers tissages à 5000 ans avant notre ère en Egypte, il faudra attendre la période pré-industrielle pour mécaniser le tissage.

Les étapes du tissage et les outils

 

La fabrication d'un tissu requiert des étapes précises :

le bobinage : on dépose des fils sur les bobines ou dévidoirs, ce qui permet de reconnaître les éventuelles impuretés et irrégularités du fil.

l'ourdissage est la préparation de la chaîne sur le métier. On enroule les fils de chaîne sous une même tension, parallèlement entre eux et selon un certain ordre.

- le rentrage ou remettage : on enfile des fils de chaîne dans les lisses (tiges métalliques garnies d'un anneau au centre) puis dans les dents du peigne.

L'aspect définitif du tissu dépendra du type de fibre, de la grosseur du fil, de son degré de torsion, du procédé de filature (peignée ou cardée), de la densité de fils au mètre carré, des différents traitements ou ennoblissements.

 

Un tissage spécifique : le velours

 

Les chinois inventèrent le velours, qu'ils surnommèrent duvet de cygne. Leur technique se répandit en Iran puis en Europe.

Le principe de départ est une chaîne tendue qui vient parcourir les fils de trame dans la largeur. Le velours nécessite 2 chaînes : une chaîne de fond qui assure la solidité et forme le socle, et une chaîne pour les boucles ou chaîne de poils.

Il existe 2 sortes de velours :

- le velours coupé ou velours chaîne s'obtient en passant une baguette appelée fer entre les 2 chaînes. Une fois le fer retiré, les bouclettes formées sont coupées. Ce velours, longtemps ensoie, était réservé aux princes.

- Le velours trame se caractérise par la manipulation de la trame. Ce velours côtelé, essentiellement en coton, sert à réaliser les pantalons et les vêtements de travail.

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Pour en savoir plus :

Le vêtement, MN Boutin Arnaud & S. Tasmadjian, éditions Nathan.

 

Semaine du 02/06/2014 :

Zoom sur les plissés

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Comment reconnaître les plissés ? Plats, soleil, accordéon...

 

Autant de dénominations poétiques pour des jeux de relief qui font vibrer lumière et couleur.

Des exemples :

le plissé soleil, souvent demandé pour une mousseline de soie, part en rayons et se travaille en plein biais.

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Le plissé corolle crée de petits rectangles en forme d'éventail.

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Jupe plissée corolle Sonia Rykiel de Business Style

 

Le plissé droit-fil évasé déploie des plis serrés en haut et plus larges en bas.

Le plissé accordéon alterne de petits et de grands plis.

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Traditionnellement, on commence par dessiner le motif du plissé sur papier, puis on le reproduit en relief sur un moule en carton double face qui va emprisonner le tissu.

L'étoffe est ligotée dans des cadres avant d'être étuvée à la vapeur dans un large four pendant environ une heure à une température de 70° à 100° selon la matière. Ensuite, elle refroidit à l'air libre avant d'être libérée de son cadre et délicatement dépliée.

Typiquement français, ce savoir-faire fournit la Haute Couture, mais pour les grands volumes et pour la décoration, il passe par des machines industrielles.

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Fortuny

 

Mario Fortuny, peintre espagnol installé à Venise invente avec sa femme Henriette un plissé permanent sur soie.

Sa création lui vaut un brevet. Reteinte en plusieurs fois, la soie dégage des reflets irisés que Fortuny retouche au pinceau.

Son procédé de plissage sera largement adopté et revisité, notamment par Issey Miyaké, qui lui aussi fait breveter ses plissés.

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Jupe plissée Issey Miyaké de Business Style

Pour en savoir plus :

Fashion Now, éditions Taschen.

 

Semaine du 03/02/2014 :

 

Le coton, une fibre mondiale, épisode 1/3 :

 

Les fibres textiles doivent pouvoir être filées. Le coton est une fibre cellulosique d'origine végétale issue de la capsule duvetée et blanche qui entoure les graines. Ses multiples qualités et son prix bas en font la fibre naturelle la plus employée dans l'habillement.

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Des chants d'origine indienne datant de 1500 avant JC sont les premiers témoignages de son utilisation. Les tissus les plus anciens auraient été tissés dans la vallée de l'Indus (Pakistan) où ils servaient de monnaie d'échange dès le second millénaire avant notre ère. Des traces de culture au Pérou dateraient de la même période. A cette époque, sa connaissance dans le monde gréco-romain reste insignifiante. Hérodote écrivait :"Les indiens possèdent une plante qui, au lieu de fruits, porte une laine plus belle et moelleuse que celle de la brebis." La langue allemande a conservé cette image en désignant le coton par le terme "baumwolle" = laine d'arbre. La Chine ne cultiva le coton qu'au 9ème siècle, suivie par la Corée.

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Les routes de l'Orient apportèrent le coton en Algérie puis en Espagne au 19ème siècle. L'Angleterre se dota de machines à tisser et devint un centre cotonnier important. Le coton américain, grâce à des hybridations, supplanta les cotons d'Orient mais les indiens d'Amérique du Nord le cultivaient déjà depuis le début du Moyen-Age. Plus tard, une grande partie de l'économie de l'Amérique reposa sur sa culture, liée au trafic des esclaves.

 

Semaine du 10/02/2014 :

 

Le coton, une fibre naturelle, épisode 2/3 :

 

Les fibres naturelles nécessitent de nombreuses transformations, longues et pourvoyeuses de main d'œuvre : agriculteurs et éleveurs, filateurs, tisseurs ou tricoteurs. Comme tous les produits de la nature, elles sont soumises aux aléas climatiques. Jusqu'au début du 20ème siècle, les hommes ne s'habillaient qu'avec des fibres naturelles.

Le coton est une plante semi-tropicale utilisée surtout sous des climats tièdes et chauds.

 

L'extraction de la fibre :

La capsule s'ouvre lorsqu'elle est mûre et laisse sortir le coton. Les capsules sont encore récoltées à la main pour les plus beaux cotons, mais la majorité de la cueillette se fait par une machine appelée "cotton picker".

La récolte commence dès l'apparition de la bourre fibreuse et s'étale sur 4 mois. Le coton est ensuite séché au soleil puis égrené pour séparer la capsule, la graine et les déchets végétaux.

Les fibres sont ensuite démêlées et rassemblées en tas en les battant, puis rassemblées en écheveaux et filées.

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Aspects et propriétés :

Les fibres sont claires et soyeuses, de couleur blanche ou à peine teintées. Les duvets de poils courts (2 à 5 mm) sont appelés "fuzz" ou "linters". Le coton est formé presque exclusivement de cellulose et ses propriétés chimiques sont proches de celles du lin. Les critères pour apprécier la qualité de la fibre sont :

- la soie, qui exprime la longueur de la fibre.

- la classe, qui prend en compte l'indice de propreté, la couleur, l'élasticité, la résistance, la brillance, etc.

 

Divers apprêts le rendront plus solide et brillant. Enfin, les fibres de coton possèdent une excellente affinité tinctoriale.

 

Semaine du 17/02/2014 :

 

La production et les propriétés du coton, épisode 3/3 :

 

Au début du siècle, les 3 plus grands pays producteurs étaient les Etats-Unis (60%), l'Inde (20%) et l'Egypte (7%). Depuis, la Chine, la Turquie, l'Australie et certains pays d'Afrique les ont rejoints. Aux Etats-Unis, la meilleure qualité de coton est appelée American Uplands ouSea Island. Quatre régions se partagent la production :

- le Sud-Est = la plus ancienne (Alabama, Floride, Caroline du Nord, Géorgie, Virginie).

- la Vallée du Mississipi, privilégiée par son climat

- le Sud-Ouest = la plus vaste malgré un faible rendement (Oklahoma, Texas)

- l' Ouest (Arizona, Californie, Nouveau-Mexique)

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Typologie des pays producteurs :

Les pays à bas salaire transforment le coton. C'est le cas de Taïwan et de la Corée du Sud. Ils peuvent revendre à l'étranger leurs produits transformés en tissus ou vêtements, comme le Pakistan ou la Chine. Le coton permet ainsi d'employer une main d'œuvre abondante tout en conservant une agriculture. L'Afrique transforme le coton en articles confectionnés pour le marché intérieur et vend à l'exportation le coton brut. Les pays industrialisés s'équipent de matériel de plus en plus sophistiqué, pour soutenir la concurrence des pays à faible coût de main d'œuvre.

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Propriétés :

 

  • Fin et doux, le coton est très bien supporté à même la peau.
  • Peu isolant, son pouvoir thermique peut être légèrement amélioré par le grattage. Le coton gratté est gonflant, doux et duveteux. Il est destiné aux articles demi-saison (surchemisessweat-shirts, etc.)
  • Absorbant : le coton absorbe beaucoup d'humidité et met longtemps à sécher.
  • Froissable : en raison de sa faible élasticité, (6 à 10%). Il doit être repassé.
  • Hygiénique : il supporte l'ébullition et le chlore et peut donc être stérilisé.

Différents aspects du coton :

coton peigné : les fils sont fins, nets et réguliers; le tissu est solide et destiné à des articles de qualité.

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coton mercerisé : le mercerisage rend le coton plus solide et plus brillant.

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coton huilé : il est imprégné d'une cire à base d'huile, le wax, qui le rend imperméable. On l'utilise pour des vestes outdoor.

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Pour aller plus loin :

Le vêtement, MN Boutin Arnaud & S. Tasmadjian, éditions Nathan.

Le tour du monde illustré des techniques traditionnelles textiles, John Gillow et Bryan Sentance, Editions Alternatives.

Guide des textiles, Florence Ferrari, ESMOD Editions.

 

 

Semaine du 10/06/2013 : le lin

 

Episode 1/3 : les origines et l'évolution au cours des siècles

Ah le lin ! Sa blancheur, sa fraîcheur, son naturel. Il peut être rustique ou raffiné, donner une sensation végétale et boisée et offrir un haut degré de finesse. On a retrouvé dans les textiles anciens 108 fils doubles au cm...

Le lin est le plus ancien textile du monde. Des lambeaux datant de 10 000 ans avant notre ère ont été retrouvésen Turquie et 8000 ans avant JC dans des cités lacustres suisses. Au 6ème Siècle avant JC, L'industrie du lin est toute puissante chez les égyptiens qui resteront perfectionnistes pendant des siècles ; les bandelettes des momies sont en lin ainsi que des statues divines.

Dans l'Antiquité, le lin est blanc et plissé, avec des touches de couleurs et des ornements perlés. Les voiles des navires de Cléopatre sont en lin.

Les coptes (Chrétiens égyptiens) gardent la tradition du lin et des décors empruntés à l'Ancienne Egypte, aux gréco-romains et aux symboles chrétiens. Des tissus coptes ont pu être conservés grâce au sol sableux et sec.

Viennent ensuite les robes des druides de la Gaule.

Lors de la période médiévale, le lin est un textile très présent en Flandres, France, Angleterre, Irlande Ecosse, Allemagne, Russie et dans les pays Baltes.

Charlemagne ordonne que le lin soit filé à la Cour et que chaque ménage le travaille. En 800, les premiers marchés de toile de lin apparaissent à Rouen et Lyon. En 1095, la tapisserie de Bayeux est un monument de lin.

Semaine du 17/06/2013

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Episode 2/3 : du 13ème au 19ème siècle

Au 13ème siècle, le lin connaît un gros essor dans le Nord de la France (Arras/Cambrai /Reims). A cette époque, on produit des fils de 250 Kms qui ne pèsent que 500 g ! Toutefois, l'industrie est ruinée par la Guerre de 100 Ans au profit des Flandres.

Au 15ème siècle, les chemises des Français sont presque toutes en toile de Hollande (blanche et fine). Les hommes et les femmes en portent avec des cols, collerettes, rabats et parements, broderies et dentelles. La chemise en lin est un objet de parade et d'envie. Le 16ème siècle voit apparaître le mouchoir. Catherine de Médicis porte des mouchoirs ouvragés de dentelle pour le prestige mais également pour dévoiler la beauté des mains ; elle est vite imitée par toutes les femmes de haut rang. La collerette offre grâce et légèreté contrairement au costume lourd. Pour les hommes, le lin représente la richesse et le pouvoir.

17ème siècle : les toiles de lin sont exportées dans les colonies sud-américaines... En France, la culture du lin est pratiquée en Nord-Pas de Calais, Picardie, Normandie ; elle représente alors 76% de la production européenne.

Le 18ème siècle voit se développer les toiles à voiles d’Abbeville, les toiles fines de Cambrai, les fils et mouchoirs produits à Lille ainsi que les manufactures de dentelles. 4 millions d’ouvriers français vivaient alors du lin ! La mode du 18ème siècle est illustrée par des chemises si décolletées qu’on rajoute sur la gorge des femmes des voiles de linon blanc.

En 1801, Jacquard invente le métier à tisser et en 1810, Philippe de Girard vend aux Français et aux Anglais un brevet de machine à filer le lin… L’industrialisation est en marche.

Toutefois, au 19ème siècle, le coton venu des Amériques détrône le lin. Il est plus pratique à tisser et coûte moins cher. Dans la lingerie, le lin est en concurrence avec le coton et lasoie, toutefois, son usage est conservé pour le linge de lit car il est très résistant aux lessives bouillonnantes.

 

Semaine du 24/06/13 :

 

Episode 3/3 : modes de production et usages contemporains

Le lin revient en force de nos jours car il est écologique et naturel (peu d'apport en engrais et peu d'azotes dégagé). Sa culture ne nécessite pas d'irrigation et très peu de pesticides. Il offre également un certain bien-être grâce à son pouvoir de protection et de régulation thermique ainsi qu' une sensation de luxe.

Le lin est semé en mars et récolté en juillet. 5 semaines après le semis apparaît une floraison bleue. Puis les tiges sont arrachées. Vient le rouissage : il s'agit de l'action de l'eau et du soleil pour séparer les parties cellulosiques de la tige. Le teillage permet de broyer et de battre les tiges pour extraire la fibre textile. Elles composent des bottes de longues mèches puis vient l'action du peignage pour qu'elles soient fin prêtes pour la filature. Le lin est travaillé dans des sous-sols ou des caves : dans l'humidité pour rester blanc et dans l'ombre pour ne pas casser. Avant l'apparition de l'eau de Javel, le blanchiment durait 6 mois ; il est passé à quelques jours et ce fut la fin du blanc champêtre...

Les producteurs de toile fine s'appellent les mulquiniers.

Aujourd'hui, la production se poursuit en Europe (l'Europe de l'Est concentre 70% des cultures) et en France. La Chine achète des fibres. Toutefois, les premiers consommateurs de lin sont bien les Européens (les italiens sont de grands importateurs), puis viennent les américains et le Japon. Dans les pays Baltes, les graines de Riga (Lituanie) sont considérées comme les meilleures. La Belgique est le 2ème pays européen cultivateur. Pour information, le linge basque descend de tisserands flamands venus former en France des tisserands d'Orthez ! Et l'on trouve des fibres de lin dans les billets de banque.

Le damassé (= tissu façonné avec effet de fond et effet de dessin, qui donne un aspect mat et brillant) de lin arrive au 16ème siècle pour le linge de maison ; c'est un signe de richesse. La dentelle de lin est produite à Venise puis Alençon/ Argentan mais aussi Bruges, Malines, Valenciennes. La batiste offre blancheur et finesse. Elle compose des mouchoirs, des draps, des chemises aériennes.

Un autre utilisation contemporaine du lin : le linoléum (1860) qui est une toile de juteenduite d'huile de lin et de liège en poudre.

Parmi les cousins du lin, on trouve :

Le chanvre (pour les chemises du peuple au Moyen Age). Aujourd'hui utilisé dans la corderie, les semelles d'espadrille mais également pour améliorer l'isolation des habitations.

L'ortie (également nommée ramie)

- l'ananas : travaillé aux Philippines.

- l'abaca : qui est le bananier des Philippines qui donne le chanvre de Manille, utilisé pour la corderie, les nattes, les paillassons.

 Il faut distinguer la toile pur fil de lin et la toile métis, qui est un mélange de coton et lin (45%), plus souple pour les draps et les torchons. Les autres métissages modernes du lin sont les suivants :

- lin et polyester pour moins de froissement.

- lin et laine pour être porté toute l'année.

- lin et alpaga et lin et soie pour le prestige.

- lin et nylon : très résistants pour recouvrir des sièges.

- lin stretch : ajout de 1 ou 2% d'élasthanne ou fil crêpe surtordu, moins froissable.

- lin et fils métalliques pour des effets de store.

 

Pour aller plus loin :

Bibliographie : Le Lin. Claude Fauque. Edition Marie-Noëlle Bayard.

 

Semaine du 26/08/2013:

 

Episode 1/5 : « Les origines de la soie »

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La soie est la plus féérique et célébrée des fibres du monde du tissu. C'est aussi la moins répandue en tonnage d'utilisation ; elle ne représente même pas 0.20% de la production mondiale d'étoffes.

 

Ses origines remontent à 2640 avant JC. La légende raconte que lors d'un après-midi, Hsi Ling Shi (épouse de l'empereur Hoang Ti) a reçu un cocon directement tombé du mûrier dans sa tasse de thé. Le secret de la production de la soie a été jalousement gardé par les orientaux pendant 30 siècles. Les 2 éléments essentiels pour extraire le fil étant le mûrier et l'eau bouillante.

 

La première circulation de la soie se fait de Chine vers le monde antique de la Méditerrannée. Elle devient le fondement de l'économie chinoise et une monnaie d'échange avec les peuples nomades des steppes qui l'acheminèrent vers Rome.

En Europe, les envahisseurs barbares sont séduits par la soie ; En 410 après JC, Alaric le Wisigoth lève le siège de Rome contre 5000 draps d'écarlate, 5000 besants d'or et 1000 livres de poivre.

La soie teintée de rouge pourpre est la spécialité de Tyr, elle symbolise le luxe, la puissance, la gloire et la force. Les routes de la Soie sont alors dominées par les Perses. Byzance est le premier Empire chrétien. Deux moines de Justinien sont allés récupérer des oeufs de ver à soie pour l'impératrice Théodora. C'est le début de la sériciculture en Occident avec une fabrication gréco-byzantine et la circulation des étoffes sassanides.

 

Semaine du 02/09/2013:

 

Episode 2/5 : « L'évolution du Xème au XIXème siècle »

 

Au milieu du Xème siècle, la conquête arabe introduit la technique de la fabrication de la soie en Sicile.

La France doit attendre le XIIème siècle pour être initiée à la sériciculture avec la création des magnaneries dans le sud du pays. La magnanerie a pour rôle d'assurer les meilleures conditions de conservation des chenilles, de leur éclosion au dévidage des cocons.

 

Aux XIIème et XIIIème siècles, Venise et Gênes sont rivales pour la domination de la Méditerranée Orientale. Elles dépècent Byzance et vont jusqu'en Anatolie pour trouver des étoffes. Au XIIIème siècle, le velours est une nouveauté orientale qui a pour but d'imiter la fourrure. Les Occidentaux s'empressent d'imiter les Orientaux. Venise est soumise à une grande concurrence et aux fluctuations de la mode tandis que Gênes se spécialise dans levelours ciselé et Lucques dans la "diaspra" (production de draps d'or). Au XIVème siècle, Florence se spécialise dans le tissage des brocarts d'or et d'argent.

 

A cette époque, la culture du mûrier est étendue à toute l'Espagne. En Andalousie, Alméria est un grand centre du tissage de la soie.

En France, l'artisanat de la soie se pratique à Paris, Rouen, Reims, Troyes et Avignon, la Cité des Papes.

Louis XI veut installer à Lyon des ateliers pour concurrencer les italiens et diminuer substantiellement l'import de la soie. Depuis 1450, sous Charles VII, Lyon possède le privilège du commerce de la soie pour le pays. Malgré cela, un déclin de ce commerce pousse la France à faire venir des spécialistes d'Italie en 1466. Lyon rechigne ; Louis XI change de ville ! Il fait transporter mouliniers, teinturiers et tisseurs à Tours aux frais de la ville de Lyon !

En 1536, deux marchands piémontais demandent à François Ier de rétablir les mêmes droits à Lyon qu'à Tours. Une charte est signée et Lyon redevient fabricante de soie; 40 ans plus tard, on compte 224 maîtres veloutiers, taffetatiers, fileurs et teinturiers à Lyon.

 

Au XVIIème siècle, les tisseurs travaillent sur des complexes façonnés, qui sont des entrelacs d'or, d'argent et de soie comme en Perse et en Italie. La soie pare Versailles au XVIIIème siècle.

 

Début XIXème, le métier à tisser perfectionné de Joseph-Marie Jacquard marque les débuts de la mécanisation. En 1810, Napoléon Ier fait de grandes commandes pour redynamiser cette activité et les années 1825-1830 sont celles de l'industrialisation de la soierie lyonnaise. A cette époque, Lyon exporte des "tissus pour églises" dans le monde entier.

 

Semaine du 09/09/2013:

 

Episode 3/5 : « Production de la soie naturelle »

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La soie désigne les substances sécrétées par différentes espèces d'invertébrés.

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Le Bombyx est un papillon qui ne vole pas, n'a pas de bouche, de trompe, ni ne peut se nourrir. Sa durée de vie = 3 à 4 jours. En été après l'accouplement, les femelles Bombyx Mori pondent entre 300 et 500 oeufs d'environ 1 mm de diamètre. Ceux-ci sont stockés dans un endroit frais et sec jusqu'au printemps.

En mars, on place les graines dans des couveuses. 3 semaines plus tard, les premières chenilles de 3 mm éclosent. Elles seront élevées en magnaneries, vastes bâtiments aérés à température constante de 19-20°C. On les nourrit de feuilles de mûriers blancs. En 30 jours, 4 périodes de mues se succèdent jusqu'au filage du cocon. On tue les chrysalides par étuvage au dessus de 80° et on ôte les couches externes (environ 30 "vestes) du cocon.

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Les cocons sont ensuite décrués à l'eau bouillante pour les dépouiller de leur enduit naturel.

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Les fils sont moulinés et tordus. Le moulinage consiste à assembler et tordre ensemble plusieurs fils pour n'en obtenir qu'un, la soie filée n'étant pas assez solide pour le tissage.

 

Puis ils subissent le décreusage (=lessivage alcalin) pour éliminer le grès. La soie est ensuite chargée par fixation de tanins, de colorants et de sels métalliques (étain, chrome) pour donner le tomber soie.

Le fil de soie mesure de 700 à 1200 mètres. Il est très fin (40 microns), brillant et très doux. Sa ténacité est identique à celle d'un fil d'acier de même section.

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La soie sauvage est issue de chenilles vivant en liberté. Les fils sont plus grossiers, moins brillants et réguliers. Ils donnent le tussor, le tussah, le shantung.

Certaines araignées produisent des fils de soie très fins et très résistants (Congo, Brésil) pour la fabrication de dentelles.

Au Sud de l'Italie, les mollusques marins produisent une soie très fine, brillante et moelleuse, utilisée pour les gants et les écharpes : soie Byssus.

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Semaine du 16/09/2013:

 

Episode 4/5 : « Les échanges internationaux de la soie »

 

La route de la soie est une expression apparue au 19ème siècle pour évoquer la circulation terrestre et maritime de marchandises, d'idées, de techniques de religions entre l'Orient et l'Occident.

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De nos jours, les écrus viennent de Chine (gros consommateurs) et loin derrière proviennent également d'Inde (plus de 10 millions de tisserands artisanaux), du Japon, d'Ex états de l'URSS, du Brésil, des 2 Corée et de Thaïlande ; la Thaïlande consomme d'ailleurs toute sa production et doit en importer du Japon, elle tente d'augmenter sa production pour être moins dépendante. L'Inde consomme 85 % de sa production pour les saris et en exporte 15%.

L'Europe importe 4000 à 4500 tonnes de soie grège (=brute) par an.

La France et l'Italie importent à 90% de Chine et le reste du Brésil.

Les Etats-Unis, eux, importent toute la soie sous forme de produits finis.

 

Semaine du 23/09/2013:

 

Episode 5/5 : « Lexiguide de la soie »

 

Autour de la soie gravitent un ensemble de termes techniques définissant ces divers aspects :

 

le brocart : Tissage à motifs avec fils de métal précieux. Si le fil est plat, on parle alors de "lamés" (or, argent). La soie devient un support, un liage. Le brocart est apparu au 16ème siècle en France.

 

le crêpe : est un classique dans l'histoire du vêtement. Il est grenu sous la caresse et élastique avec ses fils tortillonés. La bande velpeau est le plus connu. Lorsqu'il est tout de soie, on le baptise "de Chine". Le crêpe léger devient "georgette" ou "Virginia". Dans les années 30, Madeleine Vionnet fut la reine des robes en crêpe claires avec des coupes en biais.

 

le damas : Tissu façonné d'une seule couleur avec la combinaison de deux armures satin. Le damas classique = satin brillant par la chaîne et dessin mat par la trame. Il porte le nom de la capitale syrienne où il fut sûrement inventé.

 

la faille : taffetas à fines côtes transversales. Elle a une bonne tenue pour les robes à pouf / à traîne de la fin du 19ème siècle.

 

la gaze : Tissu fin et léger qui faisait la réputation de Gaza en Palestine. Introduite en France au 14ème siècle avec les papes d'Avignon. Avec des fils très réguliers et fins, elle devient une mousseline aérienne. Avec des fils rustiques de soie grège, on fait des gazes à bluter les farines.

 

la moire : production de jeux de lumière à la surface des étoffes à grain (faille) ; déviation et écrasement du grain par passage de l'étoffe entre deux cylindres.

 

le satin : dérivé de setino de seta. Tissu où la soie se révèle le plus complètement car c'est le plus brillant. Connu en Inde et Chine depuis plus de 2000 ans. La liste des satins est longue car elle évolue selon le poids, le nombre de fils et le toucher. (ex : le satin duchesse est épais comme du cuir).

 

la soie artificielle : obtenue à partir de la cellulose de la feuille de mûrier. On ajoute au collodion des acides nitrique et sulfurique ainsi que de l'alcool et de l'éther pour qu'elle devienne une matière à filer. En 1884, Hilaire de Chardonnet crée la rayonne. Elle est très brillante, moins souple et plus lourde que la soie. Elle craint l'eau, cartonne sous les gouttes et n'aime pas la teinture. Avec des améliorations, elle a aujourd'hui été transformée enviscose et acétates.

 

le twill : armure sergée qui présente un tissage en diagonales. Le twill est l'étoffe préférée des foulards de soie (le twill d'Hermès est lourd), des cravates et des peignoirs.

 

Pour aller plus loin :

 

La soie. Claude Fauque. Editions Marie-Noëlle Bayard